Souffle Catalan

Il n’y a pas que la tramontane et la marinade en pays catalan. Il y a un souffle de création très particulier qui attache l’âme à son corps et l’être à sa terre. La question du « qui suis-je » est renforcée par l’interrogation sur la profonde légitimité d’être ce qu’on est, tel qu’on est, et ce, dans la paix absolue. C’est ce vent qui a amené l’artiste peintre Zeyno Arcan, d’origine allemande, dans notre pays où la terre est particulièrement fertile pour donner des réponses à ses recherches sur la patrie de l’âme et du corps.

Ses premières années en Catalogne (1997-2001) sont marquées par des empreintes du sol, le travail avec la terre et des éléments air et eau, comme pour s’enraciner physiquement. Elle se fait connaître par ses « Signes de Vie », un art de la nature et dans la nature.

En 2002 elle est prise par le feu. Le feu de l’amour, comme elle dit, l’amour pour l’Homme et la vie. Dès lors elle retourne à la figure et au corps humain par la peinture. Une peinture exubérante, souvent monumentale qui dévoile son appartenance à l’expressionnisme et au fauvisme du début du 20ème siècle, mais aussi, l’attachement de Zeyno Arcan à son premier grand amour : la danse à l’école de Pina Bausch.

Dans sa peinture scénographique, elle imprime les corps sur la toile. Elle les fait se mouvoir dans la peinture comme des danseurs sur scène ; elle les fait parler à travers les couleurs et les gestes : donner des mots aux maux, car le corps dévoile ce que les mots cherchent à taire. Elle veut « connaître l’âme», trouver « l’être précieux et unique » et donner à voir la légitimité d’être soi-même. Son amour pour les gens, leurs différences, leurs singularités la préoccupent au plus haut point. Par la peinture, mais aussi par l’écriture et ses recherches en philosophie elle s’attelle à parler du sens dans la vie et de la dignité de l’être. De là est née sa Série « Ceux qui …».

Mais elle ne s’arrête pas là. Antoni Tàpies disait : « Mon illusion est d’avoir quelque chose à transmettre. Si je ne peux pas changer le monde, je désire au moins changer la manière dont les gens le regardent ». Zeyno Arcan souscrit de grand cœur. Pour elle la vie, l’amour, la paix se créent dans la pensée et dans le regard. La puissance de l’art est celle de donner à voir et à penser autrement, et cet « autrement » est la (trans-)mission de l’artiste.

DCF 1.0